jeudi 22 août 2013

Qu'est-ce que la condition humaine pour le philosophe ?






Est-ce que cette expression décrit l'homme tel qu'il est naturellement, indépendamment de tout contexte, l'Homme universel? Ou bien est-ce un état instable qui change en fonction de l'histoire, de l'expérience ou même de l'époque? Comment réfléchir sur sa propre condition si ce n'est en la comparant à celle de d'autre que l'homme?

La question posée est difficile à résoudre car elle pose la question de l'essence de l'homme: que sommes-nous? Y-a-t-il une essence propre à l'homme ou n'est-elle qu'une illusion? Et même s'il en existe une, l'homme peut-il trouver sa propre essence? N'y-a-t-il pas un problème éthique à vouloir enfermer l'homme dans une certaine définition? Cela ne met-il pas en péril sa liberté? 

Ce qui semble évident, c’est le fait que la condition de l'homme dépend de son existence. À priori, il paraît donc absurde de chercher la condition humaine dans une essence spirituelle et fugitive car non seulement elle est inaccessible et donc invérifiable mais en plus, elle met en péril la liberté de l'homme. S'il est impossible de trouver en chaque homme une essence universelle qui serait la nature humaine, il existe pourtant une universalité humaine de condition. Ce n'est pas par hasard que les personnes d'aujourd'hui parlent plus volontiers de la condition d’homme...

- Paramètres de la condition humaine

L'expérience de l'existence humaine[1], nous fait prendre conscience d'un certain nombre de tensions profondes, que les grands philosophes ont scrutées depuis toujours, et d'une façon plus convaincante pourrait-on dire, depuis le XIXe siècle :

  • Vie/mort
  • Individu/société
  • Liberté/destin
  • Finitude/perfectibilité

Ces quatre couples constituent sans doute les paramètres de la condition humaine :

  1. Parce que l'homme est un organisme vivant, il naît, croît et meurt, comme tout ce qui vit. Il n'a qu'une vie, mais elle est essentiellement vouée à la mort. Cependant, au fond de lui-même, quelque chose lui fait désirer échapper au temps, à l'espace.
  2. Parce que l'homme est un organisme vivant, il est seul à pouvoir exercer les activités nécessaires au maintien de sa vie : manger, boire, digérer, apprendre, connaître, se situer dans son milieu et dans l'univers, donner à sa propre existence un sens. Personne ne peut penser à sa place. Par contre, il a besoin sur le plan physique des éléments contenus dans la nature qui assurent sa vie comme organisme ; il a aussi besoin des autres sans qui il ne peut se réaliser ; il est un être fondamentalement culturel et solidaire.
  3. Parce qu'il est un être capable de choix, parce qu'il est libre, il est responsable de ses actes. Il est maître de sa destinée dans la mesure où un acte humain est essentiellement un acte voulu librement. Au fond, l'homme est ce qu'il veut devenir. Par contre, parce que beaucoup d'éléments dans la vie ne dépendent pas de lui, il doit subir son destin. L'homme ne choisit pas de naître, ne choisit pas ses gènes, ne choisit pas son temps ni son espace. Beaucoup de contraintes à la fois physiques et culturelles lui sont imposées par le fait qu'il est un être physique, vivant, intelligent et responsable. Il est dépendant sur bien des plans.
  4. Parce qu'il est un  organisme vivant, il est un être limité, dans le temps et l'espace tant physiques que culturels. Il est faible, fragile : l'erreur est humaine dit-on. Par contre, éternel insatisfait, il désire toujours davantage; et, perfectible, il apprend de ses erreurs. Au fond de lui brûle un désir d'infini et de perfection.

Quand on réfléchit un tant soit peu aux différents aspects de la condition humaine, on peut mieux mesurer l'ampleur des défis que l'homme doit relever pour simplement se réaliser, donner un sens à sa vie, et faire son bonheur à travers ces contradictions.

RD

mardi 20 août 2013

Prise en compte de la condition humaine




La condition humaine[1] est un sujet de préoccupation dans les milieux littéraires et philosophiques tout au long du XIXe et du XXe siècle. Le roman « Les Misérables » de Victor Hugo au XIXe siècle, par exemple,  garde toute sa véracité même dans notre monde d’aujourd’hui. Il y a aussi l’ouvrage d’André Malraux, « La Condition humaine » publié en 1933 et récompensé du prix Goncourt la même année, qui est souvent citées comme une des meilleures références sur le sujet.

Pour nos fins propres, retenons les définitions que Malraux donne de cette notion en se servant d’un de ses personnages centraux, le communiste Kyo (dont le père est Gisors) : « tout ce pour quoi les hommes acceptent de se faire tuer, au-delà de l’intérêt, tend plus ou moins confusément à justifier cette condition en la fondant en dignité : christianisme pour l’esclavage, nation pour le citoyen, communisme pour l’ouvrier ».

« Le roman de Malraux anticipe le courant existentialiste des années 30-40: l'individu se trouve en situation, face à la mort, à l'absurdité de l'univers, et aux autres. Angoissé, l'homme doit choisir ses actes: donner un sens à la vie, relever ses responsabilités envers les autres, ou fuir sa liberté--dans l'illusion, la soumission, l'oppression d'autrui... On trouve tout ce drame de l'existence dans La condition humaine. »[2]

Existentialiste avant la lettre? Peut-être, bien que Malraux ne se soit pas associé à ce courant multiforme. Mystique aussi, sans exprimer de croyance en Dieu ou en une religion.

De même, Albert Camus, (1913-1960), écrivain français, auteur de « l’Étranger et de la Peste », l’un des principaux acteurs de la vie intellectuelle française de l’après-guerre, a contribué largement à cette thématique. Ses grands thèmes de la maturité sont les suivants : la mort, le soleil, la Méditerranée, l’isolement, le destin de l’Homme, le rapprochement entre désespoir et bonheur, etc. En 1957, il recevait le prix Nobel de littérature pour « avoir mis en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience des Hommes ».

Comme on vient de le mentionner précédemment, la condition humaine a été l’objet d’un grand courant philosophique, l’existentialisme, qui place au cœur de la réflexion l'existence individuelle, la subjectivité, la liberté et les choix personnels. Les philosophes Pascal et Kierkegaard, Heidegger, Nietzsche et Jean-Paul Sartre, pour ne citer que les plus connus, ont été au cœur de ce mouvement de pensée. On sait, par exemple, que ces philosophes, notamment les philosophes existentialistes du milieu du XXe siècle (Sartre, Gabriel Marcel...), ont opposé la notion de "condition humaine" à celle de "nature humaine".

Ils ont repris à leur compte le legs des philosophes grecs dont les débats portaient surtout sur l’éthique lorsqu’il était question de condition humaine. Par définition, l’éthique (du grec ethos, « coutume », « usage », « caractère »), principes ou critères d’évaluation de la conduite humaine, parfois appelés mœurs (latin mores) et, par extension, étude de tels principes. Le terme latin ethica désigne la philosophie morale, qui relève des sciences sociales, par opposition aux sciences exactes (mathématiques, logique) et aux sciences empiriques (chimie, physique). Robert Misrahi propose dans la « Signification de l’éthique » (1995) de définir la discipline comme « l’ensemble des principes purement humains qui devraient permettre au plus grand nombre d’accéder à une existence pleinement satisfaisante et pleinement significative, c’est-à-dire à une réalisation heureuse de la personnalité ».

Ce raccourci historique, évidemment, ne permet que d’entrevoir tout ce qui a été dit et pensé sur la condition humaine. Mais, c’est ce qui nous encourage à aborder le sujet avec l’assurance d’en apprendre davantage sur le sujet.

RD


[1] Source : Wikipédia
[2] Jean-Claude LARRAT, professeur de littérature française à l’université de Caen, « La condition humaine selon Malraux », http://www.academiedentaire.fr/attachments/0000/0062/48_Larrat.pdf


La condition humaine, d’un point de vue philosophique





Traiter de la condition humaine nous amène à nous poser d’abord différentes questions fondamentales pour en saisir le sens et la portée.

Le fait d’exister, de vivre ou d’être est un prérequis dans l’établissement de notre condition humaine.

De même, tous  les hommes et femmes sont sensés vivre des conditions de vie semblables, mais inévitablement différentes dans leur déroulement. Il y a donc une part qui est commune à tous les humains (l’humanité) et une autre qui est propre à chaque personne (l’individu).

Comme point de départ, référons-nous au professeur Claude Collin, qui, en bâtissant son site Internet[1], a cherché à créer une sorte d’introduction  philosophique sur ce qu’est la condition humaine. Voici comment celui-ci aborde le sujet en question :

« La première région du site présente la philosophie comme activité mentale, comme cheminement, comme devenir de l'homme. C'est l'aspect dynamique de la culture ; c'est la tête bien faite (Montaigne), là où le souci de la formation l'emporte sur celui de l'information. Cette première partie s'adresse à celles et ceux qui ont le désir et le goût de cheminer personnellement vers un approfondissement toujours plus grand de ce qui fait la trame parfois si mystérieuse de la condition humaine.

Cependant, la culture n'est pas que créativité, qu'invention ; elle est aussi réponse effective aux besoins fondamentaux de l'homme, donc œuvre réalisée. À ce titre, elle est information, c'est-à-dire un ensemble de connaissances couvrant tous les aspects des réalisations humaines (l'idéal de Rabelais d'une tête bien remplie vient ainsi compléter celui de Montaigne). En ce sens, l'objet de la philosophie est illimité, inépuisable, d'une variété incroyable car il touche à tout ce qui a rapport à l'homme…

On pourra donc trouver des aperçus philosophiques touchant :

  • -        L'homme en devenir (la culture);
  • -        Quelques images de l'homme (conceptions de l'être humain);
  • -        Les chemins du devenir humain (l'éducation);
  • -        Les règles du présent et de l'avenir humain dans la société (le droit).

Dans nos façons de faire, l'expérience philosophique est présentée comme une méthode de réflexion philosophique. Toute personne, quel que soit son degré de culture, en franchissant le chemin proposé par cette méthode, atteindra nécessairement le niveau de pensée que l'on reconnaît habituellement à la philosophie.

Elle franchira les étapes naturelles d'une réflexion en profondeur. Nous appellerons ces phases les trois sphères de la réflexion:

·       la première sphère, celle du vécu, c'est-à-dire la sphère de l'événement, des faits qui arrivent, des situations qui se vivent, des phénomènes qui nous touchent; les conflits qui surgissent, les contradictions qui nous affligent, les éléments contraires qui s'affrontent, le déroulement de l'histoire, de son histoire, des événements physiques, psychologiques, sociaux, institutionnels; enfin tout ce qui apparaît, qui vit, se développe et meurt;
·       la seconde sphère, celle du discours, de la parole, du langage, de l'expression sous toutes ses formes; la production littéraire, poétique, journalistique, la communication, l'oeuvre qui parle...;
·       enfin la troisième sphère, celle de la théorie, c'est-à-dire celle de la critique, de la raison inspirée par l'amour de la vérité et du bien humain. »

La condition humaine[2] qualifie la vision que l'homme peut avoir sur sa propre existence par rapport au monde qui l'entoure. Elle  est une notion ardue à expliquer car l'homme face à lui-même entretient une relation conflictuelle entre un être duquel il ne peut se séparer et un être qu'il ne connaît pas vraiment et donc sur lequel il s'interroge éternellement.